Jean-Pierre Corbel l'actionnaire de SDW

C’est avec jubilation que Jean-Pierre Corbel cumule les casquettes: financier, restaurateur, marchand d'art, et même animateur de télévision sur le Net, et jure vouloir mourir sur scène, comme Molière. Son bureau témoigne de cette boulimie d activité. On y trouve des objets très étrangers à la panoplie d'un as de la finance: une caméra et un prompteur. 
Jean-Pierre Corbel détonne dans le monde des grands patrons du quartier de la Bourse où il a ses bureaux. Quand il vous confie qu'il va bientôt épouser pour la seconde fois sa première femme, celle à qui il avait été uni 32 ans plus tôt, il achève de vous plonger dans la perplexité.

Après un DESS de gestion de patrimoine à l'université de C1ermontFerrand, très vite, Claude  Mineraud, assureur, l'entraîne à Paris pour créer l'Unofi, l'Union notariale financière. Cet organisme est chargé des placements des clients des études de notaires. C'est un succès. Trois ans après sa création, la structure gère 4 milliards de francs de fonds de développement. Il intègre ensuite Coopers (devenu Pricewater) dans une cellule d'investissement patrimonial où il est amené à côtoyer les patrons du CAC 40.
Dès 1999, il devient indépendant et crée sa propre structure, Corbel Conseil. Il se spécialise dans le conseil patrimonial pour des fortunes moyennes et discrètes. Aujourd'hui, l'entreprise, installée rue Vivienne, emploie une vingtaine de personnes. Comme si cela ne suffisait pas, Jean-Pierre Corbel a lancé il y a quelques années un site Internet sur la finance, clubpatrimoine.com

Investisseur atypique, il est passionné par les aventures entrepreneuriales de ses clients et n'hésite pas à « mouiller la chemise}) pour les accompagner sur le terrain. C'est ainsi qu'il a un jour rencontré Stanislas Dewynter.
Diplôme en poche, cet ancien étudiant de Dauphine a traversé la rue, en 1999, qui séparait l'université du c1ubhouse de tennis pour y créer, le K'fé Court. À partir de là, il a monté un
groupe de restaurants en concession (Tir au pigeon, Saut du loup, Bagatelle). «J’ai vite rencontré des problèmes de développement en termes financiers, reconnaît ce restaurateur de 33 ans. 
Avec des concessions vis-à-vis des banques, je manquais de crédibilité,
car je ne possédais pas de fonds de commerce à nantir. »
lorsqu'il s'ouvre de ses difficultés à Jean-Pierre Corbel, celui-ci lui propose de lever directement des fonds auprès des investisseurs, permettant ainsi au groupe SDW de Stanislas Dewynter d'accélérer son développement.
Il peut ainsi créer le Café Grévin, mettre la main sur une institution parisienne, Lapérouse, sur la célèbre brasserie de l'Aubette à Strasbourg, ou plus récemment sur Nos ancêtres les Gaulois, sur l'île Saint-louis. Mais son coup d'éclat s'est produit en 2012, lorsqu'il a radlete à la Caisse des dépôts les 11 restaurants Chez Clément, la chaîne parisienne créée par les frères Blanc. Pour y parvenir, il a mis un chèque de 35 M€ sur la table, soit à peu près la valeur du chiffre d'affaires annuel de l'enseigne. Côté finance, Jean-Pierre Corbel oeuvrait alors en coulisse pour prêter main-forte à celui qui est aujourd'hui son associé, le financier possède en effet personnellement près de 12 % de SDW Stanislas Dewynter détient toujours les deux tiers du capital, alors que divers investisseurs se partagent près de 20 % des parts. Parmi ces derniers, Christine Asperti-Boursin, l'une des héritières des fromageries normandes, a joué un rôle déterminant dans la prise de contrôle des brasseries Chez Clément. Cette enseigne véhicule une image forte de restauration à la française qui. selon Stanislas Dewynter, pourrait s'exporter aisément. la marque constitue également une arme précieuse lorsqu'il s'agit de s'emparer de concessions.
Jean-Pierre Corbel ne représente pas vraiment le portrait robot de l'actionnaire dormant au sein de SDW 
En action permanente, il a toujours une idée ou un projet en tête pour le groupe. C'est lui qui entraîne dans sa voiture le très parisien Stanislas Dewynter vers la banlieue pour visiter toutes les zones de périphérie susceptibles d'accueillir un jour un bâtiment solo Chez Clément.

Comme beaucoup d'hommes à qui tout réussit, il fallait également à Jean-Pierre Corbel, une couteuse danseuse.
C'est dans l'art que le financier a trouvé cette forme de détente. Il y a trois ans, il a créé la Corbel Gallery, une galerie d'art boulevard Haussmann, dans un ancien magasin de salles de bains. Il a exposé dans ce lieu des estampes des plus grands artistes du XXème siècle, de Bacon à Dufy en passant par Matisse, Chagall ou Picasso. Il y accueille également de grands noms de la peinture contemporaine, tels le Cantalien Michel Four, le Japonais Aki Kuroda, le Californien Mel Ramos ou le photographe allemand Thomas Dorn.
Il projette pourtant de fermer bientôt cette galerie pour la transférer dans son propre siège, rue Vivienne. Aussi prestigieuse soit-elle, une adresse boulevard Haussmann n'est guère rentable. Si l'on s'en tient aux seules ventes traitées avec des passants, seules quatre toiles ont été vendues en trois ans.
L’essentiel des transactions se réalise en effet lors des expositions, sur invitation, voire par correspondance.
En déménageant sa galerie dans le quartier de la Bourse, Jean-Pierre Corbel fait une fois de plus preuve de pragmatisme. Il va au devant de ses clients. Dans un lieu plus facile à contrôler, il peut intéresser à l'art les investisseurs qu'il côtoie quotidiennement.
Cette réaction est une manière de s'adapter à un marché de l'art moyen (oeuvre de 5000 à 30000 euros), qui, selon lui, est complètement sinistré par les effets conjugués de la crise et de la fiscalité.
 
D'après article paru dans L'Auvergnat de Paris - 28/11/2013