L'Histoire du Palais Garnier

Les travaux de construction de l'OPERA DE PARIS ont duré quatorze ans, de juillet 1861 au 5 janvier 1875.

Les terrassements commencent en juillet 1861, travaux immenses ralentis par la découverte d’une nappe d'eau souterraine. Garnier fait alors reposer les fondations sur une double cuve destinée à résister à la pression des infiltrations.
Il utilise, dans la mesure du possible, des matières incombustibles comme le fer, nouveauté dans un théâtre. Il reprend la traditionnelle "scène à l’italienne" qu'il enserre dans un cadre architectural grandiose: son opéra sera le plus vaste .. Il le reste aujourd'hui, bien qu’il existe des salles pouvant recevoir davantage de spectateurs. Le lieu étant destiné aux festivités d'une cour impériale et d’une bourgeoisie triomphante, les parties publiques prennent autant sinon plus d'importance que la salle de spectacle.

"Pour l'Opéra, lieu de "plaisir" et de "luxe l!, il paraissait alors tout naturel de recourir aux exemples offerts par les palais anciens : Garnier se tourna donc vers les grandes demeures construites en France et en Italie aux XVIe et XVIIe siècle. Selon l'opinion courante alors, l'évocation d'un cadre architectural d'aspect princier répondait à la vocation de l'Opéra. La façade se réfère, quant à sa configuration, à la fois à la Colonnade du Louvre de Perrault, à la Libreria de Sansovino et au. Palais des Conservateurs de Michel-Ange.
A propos des motifs, une tendance similaire apparaît sur l'ensemble de l'extérieur du bâtiment. Garnier réussit à donner un aspect homogène à sa construction, non seulement grâce à un harmonieux rapport entre les proportions de toutes les parties mais aussi grâce à une juste évaluation de leur degré d'importance dans 11 ensemble de la masse."

 Palais Garnier

La Guerre de 1870, puis la Commune, interrompent les travaux à cela s'ajoutent des difficultés financières, et le monument n'est inauguré que sous la IIIe République, le 5 janvier 1875, par le Maréchal de Mac-Mahon.

Le bâtiment est alors éclairé au gaz. L'électricité est déjà utilisée, mais seulement sur la scène pour certains effets de lumière. En 1881, on commence à recourir à des lampes à incandescence dont c'est la première apparition sur une scène de théâtre. En 1936, on refait l'équipement électrique de la scène avec un nouveau "jeu d'orgue" permettant une grande variété de jeux de lumière.

Le 23 septembre 1964 est inauguré le plafond commandé par André Malraux
au peintre Marc Chagall.

Enfin, à partir de 1969, nouvelle sér1e de modernisations : équipement électronique de la scène; installation d'un local de prise de son pour la radio et la télévision, d'un nouveau jeu d'orgue électronique; agrandissement de la fosse d'orchestre; restauration des parties publiques ...

 

LE GRAND ESCALIER
Au sortir" du hall d'entrée, on débouche sur la vaste cage d'escalier.
Cet ensemble somptueux est l'aboutissement des recherches de Garnier, qui a voulu concilier là les exigences pratiques de l'accès à la salle de spectacle avec celles d'une esthétique à la Véronèse. Suivant une courbe inverse en haut et en bas, les degrés de l'escalier produisent un effet de perspective qui accentue la grandeur et la majesté de l'ensemble.


L'escalier se scinde en deux devant la porte monumentale qui donne accès à l'orchestre et au balcon; cette porte est encadrée par deux cariatides de Thomas, la Tragédie et le Comédie. Les deux branches de l'escalier mènent à l'étage des premières loges d'où s'élèvent, jusqu'au troisième étage, 30 colonnes monolithes entre lesquelles s'étagent des balcons correspondant aux différents niveaux des loges. Ainsi, de tous les étages, sauf du quatrième, on a une vue d'ensemble sur le grand escalier, véritable théâtre permettant à la société mondaine de l'époque de se donner en spectacle.

L'escalier se prolonge vers l'étage inférieur par deux descentes latérales. C'est par là que les Abonnés arrivaient, après être entrés par le pavillon de la rue Halévy qui leur était réservé, tout comme la Rotonde située sous la salle de spectacle. Pour monter à leur loge, les Abonnés passaient devant le bassin de la "Pythie".

FOYERS ET SALONS
Situé entre le grand escalier et le grand foyer, l'avant-foyer s'ouvre aux deux extrémités sur deux salons, donnant accès à deux petites rotondes. Du côté du grand foyer, deux glaces de Saint-Gobain de 7 m de haut alternent avec des portes de même hauteur e Portes et glaces. sont encadrées par des pilastres supportant des arcades dont les tympans représentent, sous forme allégorique, les différents métiers ayant collaboré à la construction et à la décoration de l'Opéra. La voûte est recouverte de mosaïques: Garnier était très attaché à cet art et a fait appel à des mosaïstes vénitiens; ce que rappelle une inscription en grec : "La mosaïque décorative a été appliquée pour la première fois en France à l'ornementation de cette voûte pour la vulgarisation de cet art. Les figures peintes par Curzon ont été exécutées par Salviati, les ornements par Facchina, l'architecte est Charles Garnier."

Les mosaïques de Salviati ont été réalisées à Venise; ce sont les quatre couples mythologiques de la partie centrale : Artémis et Endymion, Orphée et Eurydice, Aurore et Céphale, Hermès et Psyché. Celles de Facchina (tous les motifs décoratifs) et de Mattiosi (les pierres précieuses des petits salons) ont été exécutées à Paris.

La Rotonde de la Lune, côté rue Auber, est décorée de chauves-souris, d'oiseaux nocturnes et de rayons argentés se reflétant dans quatre glaces étamées à l'argent. La Rotonde du Soleil, à l'autre extrémité, conduit à la galerie du bar. Sa coupole est ornée de salamandres et de nombreux rayons dorés. Ses quatre glaces, étamées à l'or, réfléchissent, cette fois une lumière dorée.

LE GRAND FOYER
Dans cette galerie d'allure princière, domine la tonalité vieil or, les parties en relief étant seules véritablement dorées.

Cinq grandes portes vitrées donnent sur une loggia dont le plafond est orné de mosaïques de Salviati et Facchina. Devant la porte centrale : le buste de Charles Garnier par Jean-Baptiste Carpeaux, l'auteur célèbre du Groupe de la Danse, sculpté pour la façade. Portes et fenêtres sont surmontées de lyres, motif qui apparaît à l'Opéra en de multiples endroits, et entourées de vingt colonnes accouplées, supportant vingt statues, symboles des qualités nécessaires à l'artiste : l'imagination, l'espérance, la tradition, la fantaisie, la passion, la force, la pensée, la prudence, la modération, l'élégance, la volonté, la grâce, la science, la foi, la dignité, la beauté, la sagesse, la philosophie, l'indépendance, la modestie. Entre ces statues, dix panneaux ovales, peints par Baudry, représentent des enfants personnifiant la musique chez différents peuples.

Cette partie centrale est limitée par deux arcs ornés de deux grandes têtes modelées par Chabaud : Mercure et Amphitrite, en qui on a cru reconnaître les traits de Charles Garnier et de sa femme.

Dix lustres, fondus par Lecoq, complètent le décor de cette galerie d'apparat.

A chaque extrémité du grand foyer, deux salons ouverts prolongent la perspective. Ils sont ornés de cheminées monumentales créées par Carrier-Belleuse et Cordier et exécutées par Christofle. Quatre têtes de femmes modelées par Chabaud soutiennent les lampes qui représentent les différents modes d'éclairage : hu~let bougie, gaz et électricité. Peintures de Barrias du côté ouest (les dieux de l'Olympe ainsi que les musiques amoureuse, champêtre et dramatique) et de Delaunay du côté est (le Zodiaque, Apollon recevant la Lyre, Orphée et Eurydice, Amphion).

Derrière les cheminées, deux autres petits salons t dont les plafonds sont de Clairin et représentent les instruments à cordes (côté ouest) et à vent (côté est).
Le buffet, galerie de 32 m de long, est décoré par douze tableaux représentant t sous forme allégorique, les douze mois de l'année. Clairin a peint les six premiers, notamment le mois de janvier où il a reproduit les traits de son amie Sarah Bernhardt.

La rotonde du Glacier est un grand salon de 14 mètres de diamètre dont le plafond est de Clarin. Les espaces entre les fenêtres sont occupés par huit tapisseries de Mazerolles, réalisées par la Manufacture des Gobelins : le vin et les fruits, la chasse et la pêche, la pâtisserie et les glaces, le thé et le café. Ces allégories rappellent l'utilisation de cette salle. Juste à côté, on peut voir l'ancien tableau lumineux qui permettait aux abonnés de se faire servir dans leurs' loges. La galerie du buffet, comme la rotonde du Glacier, n'a été terminée qu'en 1878.


LA SALLE DE SPECTACLE
C'est une "salle à l'italienne", en forme de fer à cheval, à l'acoustique excellente, dont la décoration fastueuse, rouge et or, caractérise l'époque impériale. Elle peut recevoir actuellement 2 000 spectateurs.

Le plafond d'origine, oeuvre de Lenepveu (les heures du jour et de la nuit) est dissimulé, depuis 1964, sous le plafond de Chagall. Le peintre y a illustré neuf opéras et ballets célèbres, répartis en cinq zones, chacune dominée par une couleur :
- Bleu: Moussorgski, Boris Godounov; Mozart, la Flûte enchantée;
- Vert: Wagner, Tristan et Isolde; Berlioz, Roméo et Juliette;
- Blanc relevé de jaune : Rameau, Debussy, Pelleas et Mélisande;
- Rouge : Ravel., Daphnis et Chloé; Stravinsky, l'Oiseau de Feu;
- Jaune: Tchaïkovski, le Lac des Cygnes; Adam, Giselle.

Dans la partie centrale (20 m2) où il n'y avait, à l'origine, qu'une simple grille permettant l'évacuation des gaz brûlés du lustre, Chagall a évoqué plusieurs musiciens: Gluck, Beethoven, Verdi et Bizet. Les avant-scènes sont encadrées par des pilastres surmontés de quatre têtes, modelées par Chabaud : l'épopée et la féerie, à droite; l'hisoire et la fable, à gauche.
Huit grandes colonnes corinthiennes soutiennent les arcades de la partie supérieure de la salle. Elles sont surmontées "de quatre tympans ornés, chacun, de deux Renommées sonnant de la trompette. Le grand lustre, qui pèse six tonnes et demie, a été modelé par Corboz, d'après les dessins de Garnier, puis fondu et ciselé par Lacarrière et Delatour. L'ouverture de la scène, limitée à 16 m de largeur (le tiers de la largeur totale de la scène) et à 15,10 m de hauteur (le quart de la hauteur totale), est surmontée d'un lambrequin dont le centre porte les armes de Louis XIV et l'année de la fondation de l'Opéra de Paris: ANNO 1669.


D’après Le Carnet d’identité de l’Opéra Garnier édité par Jean-Loup Roubert, architecte en chef, juin 1987